Depuis le mois d’octobre, le SEP, EPA, la CGT et le SGEN-CFDT participent à des groupes de travail menés par Pierre Oudot, adjoint au directeur de la DJEPVA. L’objet de ces rencontres est de mener une réflexion croisée sur le métier de CEPJ et de sa plus-value dans la mise en œuvre des politiques JEPVA. D’autres groupes de travail intersyndicaux et inter-corps sont mobilisés sur les « métiers, parcours professionnels et l’organisation territoriale ». Sont notamment abordées les conditions d’exercice des missions…Le SEP est force de propositions en cohérence avec ses mandats :

Décliner la mission d’éducation populaire de l’Etat

Elle doit s’inscrire dans une dynamique d’évolution qui prend en compte à la fois l’évolution des besoins de la société actuelle, les transformations du paysage institutionnel et sait se projeter dans la construction d’un monde de demain que nous voulons plus juste, plus solidaire, plus humain.

Jeunesse ? Education populaire ? Vie associative ?

Le débat est permanent sur l’appellation de notre secteur. Un débat fortement lié à l’absence de véritable projet politique et au manque de clarification du rôle et de la posture de l’Etat. Pour le SEP, la chose est claire, nous revendiquons d’agir dans l’éducation populaire qui porte à la fois :

  • une finalité : l’émancipation individuelle et collective de tous,
  • une démarche : l’éducation critique et active pour comprendre le monde et agir sur sa transformation, des outils basés sur une pédagogie participative
  • un public à plusieurs visages, sans discrimination : sans discrimination d’âge, sans discrimination sociale, sans discrimination géographique.

Au-delà de ses acteurs, d’ailleurs en renouvellement, l’éducation populaire désigne toujours une vision, un projet politique, une démarche qui retrouve son actualité et sa légitimité devant la violence du contexte actuel, face auquel autant qu’une forme de résistance, elle doit constituer une source d’invention et d’innovation sociale.

L’Etat, à travers ses services en charge de l’Education Populaire, a la possibilité de contribuer à refonder la démocratie en la déclinant autour de compétences pour une culture de la démocratie, en repensant des modalités de gouvernance plus démocratiques, en permettant aux citoyens d’être acteurs de transformation sociale.

Cette finalité et cette démarche peuvent s’inscrire dans les trois axes suivants :

1/ Soutenir, défendre et développer la vie associative

2 / Accompagner, soutenir et inspirer la jeunesse

3 / Développer une politique d’éducation populaire à travers une loi-cadre s’adressant à tous les citoyens quel que soit leur âge et à tous les territoires.

Les différentes facettes de la mission d’éducation populaire de l’Etat

Fédérer et mettre en synergie des acteurs d’horizons divers,

ne partageant pas la même culture et les mêmes réseaux professionnels, autour d’actions structurantes ou d’expérimentations innovantes traversées par la démarche d’éducation populaire. La démarche d’éducation populaire apporte la garantie de la participation active et de la prise en compte de tous dans ces processus de développement culturel et de développement local.

Les CEPJ s’appuient sur leur connaissance des acteurs locaux, des territoires, des institutions et du milieu associatif, pour concevoir des stratégies de mise en œuvre des politiques à tous les échelons au cœur d’une démarche éducative sur la durée qui vise à permettre à chacun de ces acteurs de se transformer au contact des autres et aux plus fragiles d’entre eux d’être rendus plus autonomes.

Accompagner, conseiller, soutenir

  • des acteurs socioculturels autour d’une thématique, d’une problématique identifiée par un diagnostic lui-même mené dans une démarche d’éducation populaire (l’estime de soi chez les 3-6 ans dans des accueils de loisirs, la place des jeunes dans les associations, l’éducation lente, la communication non violente, le ré-enchantement du projet pédagogique des accueils de loisirs, etc.)
  • des acteurs institutionnels pour améliorer une politique publique et favoriser son impact, grâce à la démarche d’éducation populaire.

L’Etat, sans se substituer aux acteurs locaux peut apporter son aide et ses conseils pour aller vers une politique globale qui fasse sens, si les collectivités font défaut (c’est en général le cas des communes rurales ou des territoires qui n’ont pas encore des personnels dédiés au développement).

Cet accompagnement des territoires nécessite une bonne connaissance des acteurs locaux, la construction d’une confiance mutuelle et une véritable implication dans les actions menées. C’est particulièrement le cas dans les politiques éducatives territoriales, l’offre de loisirs de qualité pour tous…

Initier des démarches d’éducation populaire

  • pour faire exister des politiques et des pratiques qui n’étaient pas développées, conforter les politiques ou les pratiques émergentes, redynamiser les politiques ou les pratiques existantes, sur un territoire local, départemental ou régional, avec le concours d’opérateurs ressources spécialisés dans ces pratiques et ces politiques.
  • pour faire émerger des projets de développement social, c’est à dire une construction harmonieuse entre le développement d’un territoire dans ses dimensions économique, culturelles, d’aménagement,… et la prise en compte de l’épanouissement et du bien-être de tous les habitants (participation à la vie citoyenne, accès à la culture, aux soins, à l’éducation, qualité de vie,…) tout particulièrement dans les territoires dans lesquels une telle synergie ne peut être trouvée localement (territoires pauvres, enclavés, éclatés, tensions entre les acteurs, manque de ressources, faiblesse du tissu associatif…)

L’Etat est le garant de l’égalité de traitement des citoyens sur l’ensemble du territoire national, il se doit donc d’avoir une intervention spécifique dans les lieux qui sont dans l’incapacité de construire seul une démarche d’éducation populaire.

Là encore, il ne s’agit pas de se substituer mais de permettre les conditions de l’émergence d’un projet commun en apportant une expertise et des moyens rendant possible son démarrage et les accompagner le temps de leur consolidation. C’est particulièrement nécessaire dans l’aide aux projets collectifs, dans le développement d’approches artistiques et culturelles, scientifiques…

Expérimenter de nouvelles approches répondant davantage aux modes de vie, d’engagement et de participation d’aujourd’hui, s’appuyant en particulier sur les évolutions technologiques, les attentes des populations, les nouveaux enjeux sociétaux.

Construire des projets et des démarches de progrès sociétal, de démocratie participative, de sociocratie, de démocratie liquide, d’éducation aux médias, de développement durable, d’économie sociale et solidaire, d’économie circulaire, de démocratie culturelle, sont autant d’enjeux qui se posent de manière cruciale aujourd’hui. Sans en être obligatoirement à l’origine, l’Etat se doit d’accompagner les initiatives et les expérimentations qui se conduisent dans ces domaines afin de pouvoir capitaliser, mutualiser et rediffuser leurs résultats

Construire des formations qui visent à conduire les publics accompagnés vers une plus grande autonomie et une capacité à l’évaluation partagée.

Ces processus formatifs sont de fait à l’œuvre dans les quatre facettes de la politique d’éducation populaire explicitées plus haut qui ont aussi leur raison d’être.

Il ne s’agit pas exclusivement d’intervenir dans des formations diplômantes des professionnels de l’animation, ni même seulement de mettre en œuvre des programmes de formation continue souples et adaptés pour ceux qui sont en poste, sur des champs identifiés par des diagnostics et par l’expertise et la connaissance du terrain des agents de l’Etat.

C’est souvent dans les actions d’accompagnement que les conseillers d’éducation populaire offrent des possibilités de formation qui s’adressent autant aux bénévoles qu’aux professionnels, aux habitants, qu’aux élus ou aux responsables associatifs. Elles permettent de créer des cultures communes et un sens partagé de l’action.

Par la formation initiale ou continue, mais aussi en fédérant, accompagnant, conseillant, expérimentant, il s’agit de former des « démultiplicateurs », des « passeurs » qui pourront à leur tour, là où ils agissent, produire des initiatives, susciter des relais, fédérer des projets.

L’intervention en éducation populaire vise l’autonomisation des publics, il s’agit donc de permettre l’appropriation des outils par les acteurs eux-mêmes afin qu’ils puissent prolonger et faire évoluer les actions sans besoin d’un accompagnement permanent. Ceci passe par l’élaboration en commun d’outils et conduit à la mise en œuvre d’actions d’évaluation partagée. Ceci s’applique par exemple aux outils de diagnostic afin qu’il soit mené comme une action collective et non comme une observation extérieure. Cela doit passer par une loi cadre d’orientation et de programmation qui redéfinisse le rôle et les champs d’action de chacun : Etat, collectivités, secteur associatif.

Exercer et s’appuyer sur des spécialités

A travers leurs spécialités développées au cours de l’exercice du métier ou choisies au moment du concours et quel que soit leur lieu d’affectation, les CEPJ interviennent dans le but de :

  • Favoriser la mise en place de politique d’éducation populaire
  • Initier, accompagner et évaluer sur des territoires donnés des projets culturels et de loisirs, d’éducation populaire et de jeunesse en partenariat avec des associations, des collectivités locales
  • Permettre à tous les publics, sans exception, d’acquérir des capacités d’expression, de communication, de compréhension et d’analyse et de favoriser leur émancipation
  • Faciliter l’accès au savoir et à la formation tout au long de la vie
  • Participer aux pratiques citoyennes, au développement de la vie associative
  • Développer la formation et la promotion de bénévoles et professionnels de l’éducation populaire
  • Développer une culture de la démocratie par le développement des compétences et modalités de gouvernances démocratiques dans les structures, espaces de travail et auprès des partenaires et acteurs

Notre cœur de métier étant l’éducation populaire et la jeunesse, nous éliminons d’emblée ces deux données en tant que spécialités.

Les conditions d’une spécialité sont pour nous :

Un étayage théorique sur lequel s’appuyer de façon objective

– Des enjeux de transformation individuelle et collective, de transformation sociale quels que soient les âges et les publics

– Des déclinaisons opérationnelles qui recouvrent à la fois des actions d’expertise, de formation, de conseil, de recherche et d’expérimentation

Des politiques publiques, une organisation de travail en réseau à l’échelle régionale et nationale, des formations continues et des moyens d’actions localement qui permettent une posture éducative.

La réflexion en cours, partagée avec EPA, la CGT et le SGEN-CFDT, vise à repenser et non à supprimer les spécialités. Datant de 1986, il apparaît souhaitable de les replacer dans le contexte actuel en liant sans réserve et avec exigence le concours, la formation initiale statutaire et l’exercice de nos métiers.

 

Pour l’équipe nationale du SEP

David DURAND